Carnet du 23/09/07
L'environnement
 
Quand j’étais petit, on l’appelait « la pollution », maintenant on l’appelle « l’environnement » parce qu’il y en a partout.  Avant, il y en avait juste un peu alors on pouvait la compter, maintenant il y en a tellement qu’on peut seulement dire « environ » combien il y en a.
 
À l’époque où l’environnement s’appelait la pollution, ceux qui étaient contre la pollution s’appelaient les hippies. Les hippies avaient rejeté la religion mais avaient adopté le look de Jésus. Les hippies ne se lavaient pas car le savon sans phosphate n’avait pas encore été inventé, ils ne se coupaient pas les cheveux non plus car les coiffeurs équitables n’existaient pas. Ils se servaient ainsi de leurs poils pour se vêtir.  Tout était donc plus simple.  Les hippies ne savaient pas encore qu’on pouvait fabriquer des vêtements en chanvre alors ils le fumaient.
 
De nos jours, ce sont les environnementalistes qui ont pris la relève des hippies.  En choisissant un nom à huit syllabes, les environnementalistes ont immédiatement éliminé ceux qui avaient une instruction inférieure et les hippies sont presque tous disparus. Un groupe d’irréductibles se sont ensuite rebellés et ont fondé une secte post-hippie : les Baby Boomers.  Le principe de la secte était simple : épuiser toutes les ressources de l’état pour se payer une longue et luxueuse retraite sans laisser de descendants.  On peut trouver les quelques représentants qui restent de cette secte dans les C.H.S.L.D. (centres hospitaliers de soins de longue durée) 
 
De nos jours, il ne suffit plus de vivre en groupe de cinq ou six familles de nudistes sur une ferme pour être environnementaliste.  Il faut  toute une organisation.  Si avant, il suffisait de ne plus se laver pour sauver la planète, maintenant il faut manifester.  La manifestation est la suite logique de l’évolution de l’homme occidental par rapport aux humains inférieurs et autres animaux.   Après avoir satisfait ses besoins de base comme se nourrir, se loger, se vêtir et faire la guerre, l’homme moderne jouit de l’immense luxe de pouvoir manifester.  Manifester, c’est faire du bruit, bloquer des routes, brandir des pancartes, crier des slogans et lancer des pierres dans le but de faire la paix. 
 
Les manifestants environnementalistes sont convaincus que leurs actions vont : recongeler les glaciers, arrêter les tremblements de terre, dépolluer les océans et rabaisser leur niveau, éviter les famines, empêcher les sécheresses, les ouragans et les déluges, régénérer les espèces animales menacées, réparer la couche d’ozone, guérir le sida et le cancer, rendre l’eau potable et  accessible etc.
 
Les environnementalistes doivent constamment vérifier que leurs choix de consommation n’entrent pas en conflit avec leurs principes. Par exemple : acheter une carotte.  Est-ce que la carotte est biologique? Si elle est biologique, est-elle certifiée? Si elle est certifiée, est-ce que ceux qui attribuent la certification ne sont en effet qu’un lobby qui veut s’approprier le monopole de l’attribution de la mention biologique au détriment de celui qui fait pousser une carotte biologique sans la mention biologique officielle? Et même si elle est biologique, est-elle équitable? Est-il préférable de choisir une carotte biologique cultivée par des ouvriers sous payés ou une carotte non-biologique cultivée par des ouvriers qui gagnent un bon salaire? Et ces ouvriers, que font-ils avec leur argent? Est-il préférable d’acheter une carotte biologique d’un ouvrier syndiqué qui investit son fonds de retraite dans l’armement et le pétrole plutôt qu’une carotte non-biologique d’un travailleur autonome qui finance la construction d’écoles en Afrique?  Et le transport dans tout ça : elle vient d’où cette carotte? Et le consommateur lui : est-il allé chercher sa carotte à pieds dans des chaussures fabriquées par une esclave chinoise de 9 ans ou en voiture hybride avec l’air climatisé et financée par une multinationale qui repeuple les forêts avec des arbres modifiés génétiquement pour économiser de l’impôt destiné à l’exploration spatiale? Et ce mangeur de carotte,  a-t-il apporté son sac de plastique? A-t-il obtenu des Air Miles à l’achat de sa carotte? Est-ce qu’il a fait cuire sa carotte avec de l’électricité ou au gaz?  Est-ce qu’il a composté ses restes?
 
Et je n’ai encore rien dit sur la tomate… 
 
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